mercredi 18 avril 2018

Je n'aime pas le bâton français (en spectacle)

L'idée de cet article n'est pas ici de fustiger toute une discipline mais de râler contre son utilisation systématique dans les chorégraphies d'escrime artistique en France. Parce que, avouons-le, dés qu'un escrimeur de spectacle saisit un bâton, dans n'importe quel contexte, historique ou non, il fait du bâton français. Et ça me fait râler parce que je pense qu'il existe d'autres techniques plus intéressantes.
 

Un bâton un peu court

Betsy Winslow, spécialiste reconnue du bâton dans les AMHE a établi une typologie des bâtons dans la tradition occidentale. Elle distingue quatre catégories (la traducion française étant compliquée pour distinguer "stick" et "staff" je laisse les termes en anglais) :
_ Small Sticks (single-handed): 4’(1m20) or less in length.
_ Great Sticks (two-handed): 4- 6’(1m20 à 1m80) in length.
_ Short Staves (two-handed): approximately 6’ to 9’ (1m80 à 2m75) in length.
_ Long Staves (two-handed): 10’ (3m)or greater in length
Le bâton français entre dans la deuxième catégorie, au même niveau que le bourdon de pèlerin ou d'autres traditions survivantes anciennes comme le jogo do pao portugais ou le bâton sicilien. Il s'agit d'un bâton plutôt court (réglementairement d'1m40) qui est typiquement un bâton de marche.
Or, une bonne partie des techniques de bâton du moyen-âge ou de la Renaissance avaient pour objectif d'entraîner les paysans au maniement des armes d'hast (tout comme les concours d'archerie en faisaient des archers déjà formés et facilement recrutables). Elles s'effectuent donc plutôt avec un bâton un peu plus long entrant plutôt dans la 3ème catégorie.
Il s'agit donc d'une arme légèrement différente du quaterstaff anglais ou du bâton allemand qui sont plus longs.

 Des techniques du XIXème siècle

Si les techniques du bâton français ont probablement été pensées pour l'autodéfense elles ont été "sportivisées" au moins au XIXème siècle et peut-être avant pour être pratiquées sous forme de jeu entre villages. Certaines techniques jugées trop dangereuses comme les estocs ont donc pu disparaître. Enfin, il n'est même plus pratiqué en tant que sport d'opposition mais seulement en démonstration au sein de la fédération de boxe française. Nous n'avons pas vraiment de sources sur le bâton français avant le XIXème siècle et ne savons donc pas quelles techniques pouvaient pratiquer les paysans, ne demeure que le résultat de son évolution.
Il en résulte un système où l'on tourne énormément, on bouge beaucoup le corps pour donner de grands coups de taille, souvent près du corps. À noter que pour que ce genre de coup soit efficace il faut en effet que le bâton aie de l'inertie car, contrairement à une épée, il n'est pas tranchant.

Ci-dessous une démonstration de bâton français au festival des Arts Martiaux Nord-Europe à Orchies en 2015 :

Une sorte de variante du bâton français est la méthode de Joinville pratiquée au bataillon de Joinville. Il s'agit d'une méthode d'entraînement à vocation martiale, notamment pour une transposition à la baïonnette. On y trouve donc des estocs, une prise de main non directrice différente et une meilleure utilisation de l'allonge que donne le bâton. Malgré tout cela tourne tout de même beaucoup.

Ci-dessous une démonstration de techniques de l'école de Joinville :

De ces deux variantes il résulte je trouve des chorégraphies assez lentes. Je ne parlerai pas de ces combats où des combattants mal assurés voltent maladroitement pour enchaîner deux coups de bâtons avec les bouts opposés.... Même si, en traînant sur le net on le voit trop souvent... Mais, même lorsque les combattants-acteurs maîtrisent leurs techniques et leurs gestes, se déplacent rapidement, le combat semble malgré tout aller assez lentement, les coups ne s'enchaînent pas très vite en raison de l'ampleur des gestes qu'il faut pour les accomplir et, parfois, j'ai plus l'impression d'assister à un ballet qu'à un combat où les deux adversaires veulent se faire du mal !

Il existe d'autres techniques de bâton (et elles sont bien !)

Pourtant, lorsqu'on regarde dans les traités d'escrime au bâton on trouve d'autres techniques, plus complexes et, à mon sens, plus spectaculaires. Elles ont toute en commun d'utiliser massivement les coups d'estoc au bâton, les coups de taille étant marginaux. Il en résulte un plus grande rapidité des coups et de leurs enchaînement ainsi qu'une véritable utilisation de l'allonge du bâton. Le bâton reprend ici sa caractéristique d'arme d'hast qu'on ne voit pas bien avec le bâton français. Les contres sont rapides et parfois inattendus. On ajoute également à tout cela des entrées en lutte, des désarmements et autres joyeusetées de l'escrime médiévale !
Il s'agit essentiellement des techniques des auteurs allemands de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance ainsi que des techniques de quaterstaff anglais. Je vous laisse juger sur les vidéos.

Techniques tirées du manuel d'Andre Paurenfeindt (sans la dernière "technique" ;-)) :

Techniques tirées des  traités de Joachim Meyer et Paulus Hector Mair :

Techniques tirées du manuel de Joseph Swetnam :


La plupart de ces techniques sont rapides et vicieuses, elles promettent des combats plus rythmés, avec des combattants peut-être un peu moins virevoltants mais plus techniques, surprenant l'adversaire et attaquant directement à l'essentiel, pour tuer et non pour jouer !
Un auteur comme Paulus Hector Mair est particulièrement intéressant car il présente des enchaînements de techniques avec les coups et leurs contre et souvent même le contre du contre. Idéal pour nos pratiques !
Enfin, niveau historicité, ces techniques sont plus proches du Moyen-âge que les techniques de bâton français qui ont pu évolué et dont il nous reste le résultat après des siècles de pratique. Elles reflètent également mieux l'entraînement à l'arme d'hast et la plupart de ces techniques sont probablement directement transposables à la lance, à la coutille, la vouge, la guisarme, la pertuisane et autres armes d'hast. Ce qui donne un intérêt supplémentaire à leur connaissance.
Ces techniques existent dans les manuels, certains clubs d'AMHE les travaillent et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas les apprendre comme on apprend le bâton français. Je suis persuadé de leur potentiel supérieur en combat scénique. Ajoutons que le public, qui n'a pas l'habitude de ce type de techniques risque d'être lui aussi surpris et impressionné par la rapidité du combat au bâton.
 
Après, tout est évidemment une question de goût et un bon combat de bâton français peut être très joli à regarder (j'aime quand même bien la vidéo que j'ai postée du festival d'arts martiaux). Mais je trouve un peu dommage son utilisation systématique et multi-époques et le fait qu'on n'envisage jamais ou presque les techniques des autres traditions martiales occidentales.

N.B. : juste au cas où; il ne s'agit aucunement d'une attaque contre notre patrimoine martial national, juste un constat du rendu visuel d'ensembles techniques différents. L'approche est totalement apolitique.

mercredi 28 mars 2018

Escrime artistique contre escrime historique ?

Récemment Adrien Garcia, dans un excellent billet de blog faisait le point sur les différents types d'escrime de spectacle en dégageant trois spécialités : escrime de théâtre, escrime de cinéma et escrime de spectacle vivant. Il évoquait également deux dominantes la dominante "escrime historique" et la dominante "escrime artistique" mais ne les définissait, hélas, pas.
Si vous lisez ce blog depuis quelque temps vous savez que la dimension historique de l'escrime de spectacle me tient particulièrement à cœur, mais du coup qu'est-ce que cette dominante "escrime artistique" évoquée par l'auteur ?
Spectacle "Le dernier Trecio" par la Salas de armas Louis XIV - champions du Monde2016 - catégorie "ensemble".

 Le caractère "artistique"


Tout d'abord intéressons-nous au qualificatif "artistique". Le dictionnaire Larousse en ligne donne deux définitions intéressantes :
    1. Relatif aux arts (peinture, sculpture, architecture, etc.), aux œuvres d'art, aux artistes : Les richesses artistiques d'un pays.
    2. Qui est fait avec art, avec un souci de la beauté : Une reliure artistique.
Pour l'escrime artistique, dans la définition d'Adrien Garcia, c'est très certainement la seconde définition qui est concernée, le souci de la beauté dans l'escrime. Nous nous épargnerons ici les discussions sur la place de l'esthétique ou de la Beauté dans l'Art, nous n'en retiendrons qu'être artistique pourrait aussi ne pas être esthétique mais poursuivre d'autres buts au service de l'Art.

Le souci esthétique s'opposerait-il au souci d'historicité ? Parfois c'est le cas, certains coups historiques sont assez laids, cependant d'autres sont, au contraire, très élégants. L'antagonisme n'est donc peut-être pas là.

En fait construire une escrime d'abord esthétique suppose plutôt de privilégier l'esthétique au réalisme et à la crédibilité du combat, à privilégier des coups visuellement beaux, à privilégier la chorégraphie sur le réalisme et tant pis si dans la vraie vie le bretteur se serait fait planter par une vilaine contre-attaque bien moche au milieu de sa volte ! L'escrime historique est, quant à elle, réaliste, puisque l'on peut supposer que tous les coups enseignés ont été passés au moins en salle d'armes si ce n'est sur le pré ou le champ clos. Quand bien même certains coups, parades ou passes historiques sont d'une efficacité douteuse ils n'ont probablement pas été sélectionnés par hasard et ont pu fonctionner dans certaines conditions particulières.

À l'inverse donc la dimension artistique de l'escrime ne prend pas vraiment en compte le réalisme ou, du moins, accepte de s'en affranchir pour des besoins esthétiques ou de récit artistique. Mais jusqu'où cela reste-t-il de l'escrime et non de la danse avec des épées ou autre variante de ce genre ?


 La bataille d’Ellon dans le Mac Beth de 2015 réalisé par Justin Kurzel : l’esthétisme particulière du combat est au service du récit dramatique et des visées artistiques du réalisateur

Qu'est-ce que l'escrime ?


Pour une définition de l'escrime plus large que le sport moderne il faut se référer à des dictionnaires plus anciens. Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales nous donne cette définition qui semble convenir :
 Art de combattre à l'arme blanche (épée, fleuret, sabre, etc.); exercice par lequel on apprend à manier ou au cours duquel on manie une telle arme.
 Le mot "art" ici doit s’entendre au sens ancien de talents, d'habileté et non au sens moderne (celui d'où dérive le mot "artistique"). L'escrime est donc un combat armé où chacun des protagonistes s'efforce de gagner en faisant preuve de la meilleure habileté possible. Dans le cas de l'escrime de spectacle il s'agit d'un simulacre de combat, on pourrait donc lui refuser le terme d'escrime mais nous garderons celui-ci par commodité. À tout le moins des techniques d'escrime doivent donc être utilisées dans ce simulacre de combat, du moins si l'on veut encore accepter le terme d'escrime. Mais où puiser ces techniques sinon dans le combat historique ? Dans un domaine proche, le combat au corps à corps, Jonathan Eusebio (chorégraphe de The Avengers, The expandable, 300, John Wick...) explique dans cette interview qu’il « ancre toujours sa chorégraphie dans quelque-chose de réel et d’applicable » et que « la fonction d’une technique est d’être reconnue comme quelque-chose d’efficace et de justifié dans son application ». On peut évidemment aussi inventer, inventer des techniques plus esthétiques, adaptées à son dessein. Cependant jusqu'où cela est-il encore de l'escrime, où cela devient-il autre chose ? Il y a malgré tout une certaine logique du combat à respecter, où fixer celle-ci ? Est-on encore dans le combat lorsqu'un protagoniste effectue sept attaques à la suite sans justification scénaristique (adversaire refusant le combat ou volonté de récit artistique) ? Le souci esthétique seul peut-il justifier cela ?

Une excuse pour faire n'importe quoi ?


Mon impression, celle qui a d’ailleurs présidé à la création de ce blog, est que l’excuse de faire un combat « artistique » est trop souvent utilisée pour justifier n’importe quel coup pas crédible. On dira ainsi que si l’on effectue toutes ces voltes inutiles, si, lors d’un combat à deux armes ou avec un bouclier, on attaque en rejetant en arrière l’arme secondaire, si l’on arme outrageusement ses coups, ou même, si l’on enchaîne ces mêmes coups outrageusement armés sans riposte adverse, c’est pour faire « plus esthétique », parce qu’on ne cherche pas le réalisme mais le côté artistique...
Je reste perplexe sur tout cela. Entendons-nous bien, je peux parfaitement accepter ces fioritures ou ces irréalisme si l’ensemble est cohérent. Si le combat s’inscrit hors du temps, dans une symbolique ou une ambiance particulière le style y participe complètement. Si il fait partie d’un ensemble plus important comme un film ou une pièce de théâtre il faut qu’il soit en cohérence avec : si l’ensemble est sur un ton plus réaliste alors il faudra un combat plus réaliste (donc sans tout ce que je viens de pointer), si il est comique on pourra se permettre certaines exagérations irréalistes et burlesques, si il est onirique, esthétisant, veut créer une certaine impression, alors le combat devra y être adapté.



Le spectacle" La Dame de pique" par l’école d’escrime artistique “Espada” (Russie), champions du Monde 2016, ici le côté esthétique et hors du temps est pleinement assumé et l’escrime est au service d’une chorégraphie léchée et d’un récit artistique.

Mais si l’on a des coups, des postures choisies pour leur esthétisme dans un ensemble qui se veut réaliste ou brutalement dramatique cela risque de sonner faux, voire de sembler ridicule à l’œil un minimum initié ou critique. Cela sera encore plus critiquable si l’on est dans un cadre de reconstitution historique sérieuse ou que l’on fait croire que c’est ainsi que les chevaliers/mousquetaires/pirates/courtisans se battaient !

Paradoxalement j’ai l’impression que l’inverse est moins vrai. Des coups réalistes sonneront probablement moins faux dans un ensemble irréaliste, si tant est que le jeu des escrimeurs-acteurs reste dans le ton du reste. On prend donc peut-être moins de risques à rechercher le réalisme... À méditer.

En guise de conclusion ?


L'opposition serait donc plus entre esthétisme et réalisme et lequel a priorité sur l'autre lorsqu'il y a conflit. L’important reste finalement de savoir ce que l’on veut faire, de savoir ce qui y est adapté ou non et de ne privilégier l’esthétisme sur le reste que si cela fait partie du « cahier des charges » du combat ou de l’ensemble dans lequel il s’inscrit. Dans le doute on devrait partir d’une base réaliste qu’on arrange en fonction de l’objectif. Et n'oublions pas que de nombreux coups ou enchaînements historiques ont un énorme potentiel visuel, souvent inexploité !

dimanche 18 mars 2018

Fleurets mouchetés, Fechtfedern, armes en bois en spectacle ?

Presque tous les scénarios d'escrime artistiques impliquent des armes que l'on suppose mortelles et des coups qui, si ils ne sont pas parés, seraient le plus souvent mortels ou entraîneraient à tout le moins de graves blessures (même si nos armes ne sont ni pointues ni tranchantes pour des raisons de sécurité évidentes).
On ne figure jamais, ou extrêmement rarement des combats "sportifs", des salles d'armes ou des compétitions d'escrime, voire des tournois, comme il en a pourtant existé dans le passé. Je voudrais donc ici examiner rapidement l'intérêt de présenter de tels combats.

Une vieille histoire

L'escrime aux armes mouchetées  daterait au moins de l'Égypte antique  puisqu'un bas-relief du temple de Médinet Habou, près de Louxor en Égypte, construit par Ramsès III en 1190 av. J.-C, figure des escrimeurs s'affrontant avec des armes souples, mouchetées et la tête protégée par une sorte de proto masque. La Grèce antique, Rome, en fait probablement la plupart des civilisations, ont utilisé des armes d'entraînement en bois.
Quant aux compétitions et spectacles d'escrime l'Antiquité a ses combats de gladiateurs sanglants. Mais le Moyen-Âge a ses tournois et Pas d'Armes avec, par exemple, le combat à la barrière (les deux combattants s'affrontent en armure, le plus souvent armés de haches nobles, chacun d'un côté d'une barrière qu'ils ne peuvent franchir.
La Renaissance voit, dans le monde germanique notamment, la naissance de salles d'armes où la bourgeoisie urbaine se sociabilise. On organisait également des événements d'escrime, sorte de compétitions où les participants s'affrontaient à l'épée longue avec des fechtfedern, armes spécialement conçues pour cet usage : plus légères, plus souples et non tranchantes. On se battait également avec des dussacks en bois (le dussack, appelé aussi braquemart en français, est un sabre court, une arme secondaire sur le champ de bataille que l'on pouvait aussi porter facilement dans la rue pour se défendre). Les protagonistes n'ayant pas de masques on évitait les coups à la tête, les protections n'étant pas non plus tout à fait les mêmes qu'aujourd'hui on devait également ressortir avec de bonnes ecchymoses !
Des escrimeurs s'entraînant avec des fechtfedern dans le traité de Joachim Meyer de 1570
Le XVIIème siècle a vu, quant à lui, l'invention du fleuret, arme mouchetée, à la lame souple qui plie au lieu de pénétrer dans les corps, efficace pour entraîner les escrimeurs à la rapière et puis, surtout, à l'épée de cour, arme du duel par excellence. L'enseignement se faisait dans des salles d'armes chez des maitres privés, au domicile de l'intéressé ou dans des académies (où l'on enseignait également l'équitation, la danse et les mathématiques aux jeunes nobles). Il s'organisait également des compétitions d'escrime dont on a retrouvé le règlement de certaines. Enfin, au XVIIIème siècle des rencontres entre escrimeurs renommés étaient organisées. La plus célèbre est peut-être celle entre le chevalier d'Éon et le chevalier de Saint George à Carlton House le 9 avril 1787 à la demande expresse du prince de Galles, Georges Auguste de Hanovre, futur George IV. Dans toutes ces exhibitions faire montre de son habileté, présenter une belle escrime était souvent bien plus important que de mettre le plus de touches. La manière de toucher était au moins aussi importante que la touche elle-même !
L'affrontement du Chevalier de Saint-George et du Chevalier d'Éon
Gravure de Victor Marie Picot basée sur l'œuvre originale d'Alexandre-Auguste Robineau.
Le XIXème siècle a vu peu à peu la naissance du sport moderne et l'utilisation systématique du masque d'escrime (connu au moins un siècle plus tôt mais peu utilisé), les premiers jeux olympiques et l'escrime sportive telle qu'elle est pratiquée encore de nos jours.

L'intérêt en escrime de spectacle

Représenter sur scène, en animation ou en vidéo une escrime à armes neutralisées et assumées comme telles a premièrement un intérêt de réalisme : les combats historiques étant souvent très courts on peu en fait enchaîner les phrases d'armes sans que cela semble miraculeux que personne ne soit touché ! En fait on peut assumer complètement de toucher et que le combat ne soit pas fini pour autant. Il n'y a pas de mise à mort à caler scrupuleusement puisque ces armes ne sont pas censées être de vraies armes. Cela peut changer un certain nombre de chorégraphies, en poussant plus loin on utilisera les ruses de l'époque comme ces grands chapeaux permettant de grandes fentes sans se faire toucher (puisque la tête n'est pas une surface valable et que l'on voit dans le traité de La Touche). De plus on peut enchaîner les touches de façon totalement logique et assumée, tout cela est "pour le sport", on ne meurt pas, on est dans le cadre d'un tournois, d'une rivalité amicale, d'une exhibition, d'un entraînement...
Une grande fente dans le traité de Philibert de La Touche (1670)
Cela permet donc d'avoir des scénarios différents, plus légers, où l'ombre de la mort ne plane pas au-dessus des combattants, où l'on se bat pour la gloire, les honneurs, le plaisir, la performance. Une salle d'armes obscure au rez-de-chaussée d'une maison bourgeoise, une académie prestigieuse, l'hôtel d'un gentilhomme faisant éduquer ses enfants, la cour avec ses seigneurs, une sociabilité de notables d'une ville allemande... Tout cela fournit de nouveaux cadres et autant de prétexte à des histoires que l'on voit rarement racontées dans les spectacles d'escrime artistique. Vous avez du comprendre que je milite ardemment pour la variété en spectacle, en voilà donc une possibilité !
Enfin, jouer avec des armes vraiment sécurisées peut être intéressant avec des débutants. Si une Fechtfeder n'est pas vraiment moins dangereuse qu'une épée longue de spectacle un fleuret moucheté l'est moins qu'une rapière et un dussack de bois l'est infiniment moins qu'un dussack en acier ! Sous certaines conditions, on peut amorcer un spectacle avec des escrimeurs de spectacle n'ayant que quelques mois de cours et à qui on voudrait éviter de confier des armes en acier.

Les défauts de ce type de spectacle

Soyons honnêtes, le goût du sang est bien présent chez les spectateurs que nous sommes aussi. Ainsi, un combat où plane l'ombre de la mort, où les protagonistes veulent se tuer, où l'enjeu est tel qu'il faille tuer l'adversaire pour se venger, pour sauver sa belle, son roi, son pays ou simplement sa vie est bien plus excitant qu'une simple joute "pour le sport". L'intensité dramatique ne pourra donc pas être aussi forte puisque le danger n'est pas là, que le vaincu risque, au pire, une humiliante défaite.
C'est un très gros défaut qui fera que ce type de spectacle ne pourra être majoritaire parmi les combats d'escrime artistique.
Concernant la sécurité il y a également un certain risque à véritablement toucher : il faut contrôler son coup, même avec des armes en bois, et encore plus avec des armes en acier même bluntées. Ensuite la tête n'étant pas protégée (sauf dans le cas très rare d'une simulation d'un match d'escrime moderne), les estocs restent dangereux et devront être exécutés soit dans les lignes basses, soit par des escrimeurs expérimentés. Le port d'une veste d'escrime ou d'une sous-cuirasse en cas de bris du fleuret peut également être recommandé.

Malgré tout cela je pense que c'est un type de spectacle que l'on gagnerait à développer un peu plus et à explorer scénaristiquement.





vendredi 9 mars 2018

L'escrime médiévale de spectacle et de cinéma : une escrime de rustauds ?

Allez disons-le, la plupart de temps (il y a des exceptions), lorsque je regarde des vidéos de combats chorégraphiés médiévaux français, russes ou autres (en fait, pour être honnête, autres que des cascadeurs tchèques ou des Polonais faisant de l'AMHE) je suis souvent très déçu. C'est la même chose (en pire ?) lors des fêtes médiévales : les combats sont souvent lents voire poussifs avec des coups très très basiques quand ce n'est pas une grossière adaptation des techniques de rapière "mousquetaire". Quant à Hollywood, le cinéma aime nous présenter les soi-disant meilleurs combattants du royaume/continent/monde s'envoyant joyeusement d'immenses coups d'épée.

D'habitude je ne dénonce pas mais là c'est clairement du brutal !

Des coups trop armés


Pour dépasser cette déception je me suis demandé pourquoi ; qu'est-ce qui n'allait pas dans ces combats ?
Alors oui, il arrive souvent que les combattants ne soient pas au point dans la maîtrise parfaite de la chorégraphie, d'où la lenteur. D'autant que, sur un coup de taille, une épée médiévale mal maîtrisée est bien plus dangereuse qu'une lame de rapière triangulaire, le danger de se blesser gravement est réel.

Mais bon, je ne peux pas ne voir que des escrimeurs mal préparés, il y a donc autre chose...
En fait l’explication est assez simple : les coups sont trop armés ! J'ai déjà évoqué dans un précédent article les différents coups de taille, eh bien on a l'impression que les troupes ou les escrimeurs ne font que des quaterblows avec leurs épées, des coups capables de vous découper en deux alors que bon, pour vous tuer, il suffit juste de vous ouvrir de quelques centimètres la gorge, le crâne, le bas-ventre ou n'importe quelle artère ! Certes c'est impressionnant et, à Hollywood, avec des cascadeurs athlétiques, des effets spéciaux, du son, de bons angles de caméra ça peut donner quelque chose d'assez spectaculaire. Mais au pied d'un château, dans un champ avec des barrières en alu et une sono poussive, sous la pluie, ou même sur une scène de théâtre ça donne surtout l'impression d'être... LENT !

C'est biomécanique, plus un coup est armé, plus il est ample, plus il est lent. En escrime sportive les maîtres ne cessent d'apprendre à leurs élèves à réduire l'ampleur de leurs dégagements, de leurs parades, de leurs feintes, de faire ces mouvements avec les doigts plutôt qu'avec le poignet ou les bras, tout ça pour gagner les dixièmes de seconde qui feront que la technique passe ou non. L'habitude (contestable) d'armer exagérément ses coups est utilisée à la rapière pour donner plus de mouvement à la scène et pour que le public puisse suivre (c'est du moins ainsi qu'on le justifie en général, on pourra en discuter mais ce n'est pas l'objet aujourd'hui). La légèreté des rapières de spectacle permet au combat de rester rapide quand les escrimeurs maîtrisent leur propos. Hélas, avec des épées de plus d'1 kg, même bien équilibrées, ça devient franchement lent et l'on ne peut faire des enchaînements rapides et subtils comme il en existe pourtant chez les maîtres d'armes médiévaux historiques.

Je parlais dans mon premier billet de respecter la logique de l'arme, celle de l'épée médiévale n'est pas d'armer outre mesure un coup qui n'en a pas besoin pour être dangereux mais de profiter de certaines caractéristiques liées au poids de l'arme (plus d'inertie, battements et froissements plus efficaces que sur une rapière, effet de levier si l'arme est tenue à deux mains...) pour faire un combat différent de celui qu'on ferait avec une autre arme.

Une escrime "de paysan"

Tous les traités d'escrime ont leur "coup du paysan", en général un coup brutal, plus ou moins vertical, asséné par quelqu'un qui ne connaît pas vraiment l'escrime. Beaucoup de techniques commencent par une défense contre une attaque verticale à la tête... parce que c'est probablement le coup le plus évident que vous assènera un ivrogne qui veut en venir aux mains, ou un soldat stressé sur le champ de bataille.
Un coup furieux chez Andre Paurñfeyndt (Manuel de 1516)
 Donc, nos meilleurs combattants du royaume/continent/monde quand ils s'affrontent décident de pratiquer une escrime rustique sans aucune subtilité et que les maîtres d'armes des traités nous apprennent à contrer facilement (même si Keith Farell explique comment un maître peut être en danger face à un tel buffle).

Fiore dei Liberi, si il cite les coups brutaux nous donne surtout des techniques où l'on met peu de force et beaucoup de subtilité. La tradition de Lichtenauer nous enseigne des coups de maître, en un seul temps d'escrime, permettant de vaincre facilement l'adversaire qui manque de subtilité. Tous ces traités sont riches en coups spéciaux, en prises d'épée originales, en clefs, en désarmements, en coups de pied, de pommeau, de quillons... Autant de choses qu'on ne voit pas, ou très peu, dans les spectacles médiévaux. À la place on voit une escrime, au pire de paysans mal dégrossis qu'on a armés, au mieux de soudards à qui on a donné quelques rudiments et, peut-être, une ou deux techniques spéciales.

Alors oui, l'escrime n'était pas toujours très élaborée lorsqu'elle était pratiquée par des soudards avec peu d'instruction martiale, mais là encore, il faut savoir quels personnages on joue ! On entre ici dans la partie interprétation d'un personnage avec son passé, son histoire, sa réputation. Un chevalier élevé dans un château sortira probablement d'autres techniques que celles d'un soudard sommairement formé, et lorsque les combattants sont censés être les meilleurs du royaume/continent/monde, il n'y a aucune excuse pour ne pas employer les techniques spéciales qui nous sont parvenues ! Et même des soudards avec un minimum d'instruction martiale de base n'armeront pas exagérément leurs coups, même si ceux-ci sont assez simples car ils ne sont tout simplement pas idiots !

En conclusion j'invite les pratiquants à réfléchir à leurs combats et à leurs coups quand ils font de l'escrime médiévale de spectacle, à ne pas hésiter à faire des coups moins amples mais qui permettent de mettre plus de rapidité et de rythme. Et, si ils le sentent, à rechercher, apprendre et maîtriser les coups des maîtres d'armes du passé, à les adapter, si besoin, aux nécessités du spectacle ou alors, à se contenter de jouer des soudards et autres brutes à peine dégrossies. Pour finir on ajoutera que ces soudards emploieraient probablement d'autres arme que des épées longues mais bon...
Pour finir une vidéo qui prouve qu'on peut faire un combat magnifique avec des coups issus de traités :

jeudi 1 mars 2018

Quelques coups originaux chez Pierre Jacques François Girard

Pierre Jacques François Girard était un ancien officier de marine et maître d’armes de la première moitié du XVIIIème siècle. Il est l’auteur de deux traités d’épée de cour bien illustrés de gravures à l’eau forte : le premier publié en 1736 est le Traité de la perfection sur fait des armes. Il a été réédité en 1740 sous le titre Traité des armes dédié au Roy. Le second publié en 1755 dont le titre est L’académie de l’homme d’épée: ou La science parfaite des exercices défensifs et offensifs. Si ceux-ci sont moins beaux et moins connus que le traité de Domenico Angelo par exemple ils ont l’intérêt de proposer une escrime où l’on utilise encore beaucoup la main non armée. Ils sont assez didactiques, présentent une escrime de salle d’armes mais également une escrime pour les duels (les « affaires sérieuses ») et même des techniques pour la guerre, contre les sabres, les piques et d’autres types d’adversaires. Il y a une certaine volonté d’exhaustivité chez Pierre Girard qu’on ne retrouve pas partout et qui, pour le pratiquant d’escrime artistique, est une bonne source pour trouver des coups originaux qui changeront de l’ordinaire.
Je propose ici d’en présenter quelques-uns issus de ce traité qui peuvent être intéressants à replacer dans un spectacle.

Une Flanconnade

La flanconnade est un coup qui vise le flanc, Michel Palvadeau dans son Guide pratique d’escrime artistique (éd. Émotion primitive – 2009) précise que « la main reste dans la ligne où elle a pris le fer plutôt que de passer dans la ligne diagonalement opposée ». Il existe de très nombreuses façons de faire une flanconnade et Girard en présente lui-même trois. Nous nous occuperons ici de la première qui est intéressante car elle implique la main non armée, donne un visuel un peu original (avec une épée coincée par le bras et la main) et présente même un contre. Mais laissons Girard parler :
« L’ennemi se mettant en garde le poignet avancé en devant le corps, et que l’épée est engagée en dehors des armes, je la fais dégager de quarte, levant la main haute et les ongles en dessus, le bras tendu, gagnant le faible de son épée, en coulant dessus et passant la pointe derrière son poignet ; et dans le même temps, je lui fais tirer le coup de flanconnade sur le flanc droit, le bras et le jarret bien étendus, le poignet haut tourné de quarte et courbé, le corps soutenu avec la main gauche opposée à son épée crainte d’être frappé de même temps ; en cas que l’ennemi vînt à tourner la main de tierce. Le coup achevé se retirer en garde, ou redoubler le même coup. »
Il y joint deux illustrations sur le coup et son contre qui facilitent la compréhension. Pour mémoire la notion de dedans et dehors des armes est essentielle en escrime de cour car on oppose toujours la lame à celle de l’adversaire pour se couvrir, la tierce est en dehors des armes et en pronation, la quarte en dedans des armes et en supination.
Sans être extraordinaire ce coup pourra toujours trouver à se placer dans un combat.


Le contre d’un saisissement de poignet

On voit souvent des désarmements, façon sécurisée de finir un combat ou de se montrer généreux en rendant son arme à l’adversaire (scénario dont on abuse peut-être un peu en escrime artistique), mais voilà, vous croyiez en voir de nouveau un, eh bien non, Girard nous montre une technique d’une simplicité extrême qui retournera les situations sans vous obliger à faire preuve de générosité ! Il appelle cela « contre ceux qui saisissent la main au lieu de saisir la garde de l’épée » :
« L’ennemi venant au saisissement d’épée sur vous, étant abandonné sur lui, et qu’au lieu de saisir votre garde, il ne saisisse que le bras ou la main droite, il faut dans ce cas jeter dans ce même temps brusquement la main gauche sur le milieu de votre lame, en la quittant aussitôt de la main droite, qu’il tiendrait saisie, lui présentant la pointe sur le corps de ladite main gauche élevée avec le bras retiré en arrière, et ferme sur les jambes. »
Simple et efficace...

L’épée tenue à deux mains

D’autres auteurs appellent cela la « botte du paysan », Girard la nomme simplement « Garde de ceux qui tiennent leur épée à deux mains ». Il s’agit de tenir la délicate épée de cour à deux mains pour pratiquer une escrime manquant probablement de subtilité, idéale pour un personnage rustique ou brutal. Elle se place probablement bien en fin de combat lorsque ledit personnage s’énerve, se fatigue ou tente le tout pour le tout.
« Ils ont le genou gauche tendu et le genou droit plié ; ils tiennent leur épée à deux mains les bras en avant au dessus du genou droit, à l ahauteur de la ceinture de la culotte, avec la pointe haute ; et dans cette attitude ils parent ferme de tierce et de quarte, et lorsqu’ils veulent riposter, ils quittent l’épée de la main gauche pour tirer les coups de la main droite, comme nous tirons ordinairement. »
Girard explique également la façon de combattre cette garde :
Entrant en mesure, je fais faire une feinte à la tête de la pointe de l’épée, ou une demi-botte ; et l’ennemi venant à la parade, je fais dégager subtilement de quarte, le poignet à la hauteur de l’épaule, le corps en arrière sur la partie gauche, comme pour achever le coup de quarte sur la poitrine, ou, ne manquant pas de parer ferme des deux mains et même de faire un battement d’épée, en quittant l’épée de la main gauche pour riposter de quarte droite dans les armes de la main droite, il faut parer sec et quitter sa lame en lui tirant le coup de quarte coupé sous la ligne du bras de la principe, et redoubler de tierce à fond, faisant suivre le pied gauche, ensuite de seconde, puis faire retraite. »


Bonus : combattre les fléaux à grain

Girard consacre de nombreuses pages au combat contre les sabres (qu’on appelle plutôt « espadons » à l’époque), une technique contre les lances, armes d’hast (et donc fusils à baïonnette), mais la plus amusante est probablement la défense contre le paysan mécontent qui vous attaque avec son fléau à grain. Comme on le verra la technique est d’une simplicité enfantine et très facile à placer en spectacle pour peu qu’on veuille accepter un fléau à grain sur scène. Elle fonctionne probablement à toutes les époques avec toutes sortes d’armes articulées un peu grandes. La voici :
« Les fléaux brisés sont faits de cinq ou six bâtons, de la longueur d’environ un pied chacun, attachés bout à bout avecd e petits chaînons de fer, et y ayant au dernier bout une boule d’acier, de la pesanteur d’une demi-livre ; de sorte qu’un homme en va battre dix avec un fléau brisé : car étant en train d’aller, il pare des pierres jetées à tour de bras.
Étant en campagne et ayant malheureusement affaire à ces sortes d’armes, il faut s’éloigner de leur portée et ôter son habit, sous prétexte qu’il embarrasse, puis le tenir par le milieu du dos avec la main gauche, toujours reculant l’épée à la main, et dans le temps que le fléau ou le bâton fait le moulinet rapidement, étant à une certaine distance, jeter de toutes ses forces l’habit dessus ladite arme, qui arrêtera le moulinet, et aussitôt se jeter brusquement sur l’ennemi pour lui ôter son arme, en lui présentant la pointe de l’épée sur le corps.
Ces armes se combattent en étant hors de mesure, et l’on peut avoir un fouet à la main, en allongeant le coup de fouet sur lesdites armes, dans le temps même du moulinet, et pareillement jetant quelque-chose de lourd bien attaché au bout d’une corde fine dans le moment du mouvement desdites armes. »

vendredi 23 février 2018

Les armures ça protège vraiment !

Oui je sais, j'assène des évidences avec une pédanterie insupportable, mais pourtant...
pourtant, que ne croit-on pas sur les armures, des armes qui peuvent les percer.D'ailleurs, de ce qu'on peut voir dans la majorité des films ou des spectacles vivants de combat, elles ne semblent pas vraiment servir à grand-chose...
On va donc parler ici de leur efficacité et de ce qu'on pourrait faire avec ça en escrime de spectacle.
Précision : on ne va ici évidemment parler que des armures de métal, les armures de cuir étant quand même anecdotiques dans l'Histoire et les armures matelassées moyennement efficaces et surtout portées sous une armure de métal (cf mon billet précédent).

Ci-dessous, quelques armures des XVI-XVIIèmes siècles exposées au Musée de l'Armée à Paris

Les armures sont efficaces :

On a donc, de l'Antiquité à la fin de l'époque moderne (et même au XIXème siècle avec les cuirassiers) deux grands types d'armure : les armures souples comme les cottes de mailles mais aussi les broignes d'écailles ou d'anneaux ou encore les brigandines et les armures rigides de plates d'acier voire (dans l'Antiquité) de bronze, les casques sont aussi en tôle d'acier rigide.
En fait une armure c'est solide, sinon les gens ne les porteraient pas. C'est fait pour résister à la plupart des armes courantes et c'est d'ailleurs pour cela que ça évolue. Selon les époques, les armes auxquelles il faut faire face mais aussi la richesse des combattants voire l'organisation sociale l'armure est plus ou moins complète. Le casque est la base, il protège la partie la plus sensible et, en général, si on n'a qu'une seule pièce d'armure c'est un casque. Le reste varie énormément.
Mais revenons-en à la solidité, on pense souvent qu'un coup d'épée asséné avec force pourrait percer une armure, en fait c'est faux. Même la cotte de mailles y résiste. Pour preuve les gens de ce site ont fait des tests qui semblent assez sérieux de résistance d'une cotte de mailles historique. On voit que globalement les gens du XIIIème siècle étaient bien protégés dans leurs cottes de mailles et l'on imagine aisément que les plates qui ont succédé à la cotte de mailles étaient encore plus efficaces.

Vidéo de l'un des tests réalisés par les gens de Guerre et chevalerie

On n'a pas fait le test avec des armes plus puissantes comme les haches, les becs de corbin ou les hallebardes mais, même avec ces armes redoutables, il semble qu'il faille frapper bien fort pour vraiment passer l'armure et blesser le porteur.
On peut également espérer taper tellement fort qu'on assomme le porteur à force de coups. C'est possible là encore mais pas évident quand on voit les coups que sont capables de s'envoyer les pratiquants de béhourd par exemple.


La plupart des coups seront donc tentés sur les parties non protégées, les "ouvertures" et il y en a toujours : au minimum les aisselles, l'arrière des cuisses, l'entrejambe, souvent le visage (les casques fermés sont pénibles pour combattre), le cou, et tout ce qui n'est pas protégé si l'armure n'est pas complète. En armure complète on en arrive donc à combattre de très près, avec une escrime mêlant lutte et techniques de demi-épée pour atteindre les failles de l'armure.

Extrait du Codex Wallerstein (entre 1420 et 1470) montrant des techniques de combat en armure


On rajoutera pour l’anecdote qu'au XVIIème siècle on portait encore des armures et que celles des hommes d'armes (les cavaliers armurés, descendant direct des chevaliers médiévaux) comprenaient des cuirasses à l'épreuve des coups d'arquebuse de face et de pistolet de dos.

Les armures ne devraient pas être que des costumes :

Parce que c'est quand même trop souvent ce qu'on constate : combien de figurants en cotte de mailles transpercés par un coup d'estoc sans vigueur, découpés par un coup de taille qui n'aurait dû que glisser ? Combien de combats où un héros sans armure, armé de sa seule épée, vient à bout de dizaines de guerriers en armure, les frappant comme si ils n'en avaient pas. Combien de héros ôtant leur casque sur le champ de bataille alors que c'est tout de même particulièrement suicidaire ? On ne parlera pas des grands coups à la tête sur les gens qui portent des casques...
Dans un combat chorégraphié l'armure est donc très souvent un simple costume et ne sert en général à rien dans la chorégraphie en elle-même avec laquelle elle n'a, la plupart du temps, pas de liens.
Reconnaissons que même quelques éléments d'armure médiévale soulignent très efficacement l'aspect guerrier d'un personnage ou simplement son statut de garde chair à épée... Mais pourquoi ne pas l'exploiter dans la chorégraphie elle-même plutôt que d'en arriver à des aberrations comme un gentil coup de taille d'épée abattant un gaillard casqué et armé d'acier ? Au minimum s'arranger pour que la mise à mort soit crédible. Plus loin, faire comprendre au spectateur que le gars est protégé (pourquoi pas frapper la zone armurée ? Ça fait un joli bruit en plus !).
Le pur combat en armure de plates pourrait être quelquechose d'original, brutal et intense mêlant coups brutaux pour déconcentrer, demi-épée et lutte. Pour que cela soit spectaculaire il faudrait probablement quelques passes de lutte avec projections ou renversement ce qui peut être dangereux et réserver l'exercice à des professionnels ou des amateurs très au point mais pourquoi ne pas tenter ? En vidéo, avec la possibilité de filmer de près, les phases de demi-épée pourraient être très fortes. Je ne crois jamais avoir vu ça quelque part et c'est dommage...
Ah oui, une dernière chose : messieurs les réalisateurs de cinéma : mettez des casques à vos acteurs, des casques avec plumes ou décorations pour bien les reconnaître, mais aussi permettre à des cascadeurs de les remplacer et d'offrir de meilleurs combats aux spectateurs !

samedi 17 février 2018

Ces fausses idées sur le combat historique que nous ont transmises les jeux de rôles et les jeux vidéo

Les jeux vidéos sont probablement l’entrée la plus courante vers le monde du combat historique (ou historique-fantastique). Or, les premiers créateurs de ce type de jeux vidéos piochaient presque exclusivement leurs référence dans les jeux de rôle (« papier » comme on dit maintenant). La vision de l’histoire des pionniers du jeu de rôle (jdr) a ainsi influencé les jeux suivants qui ont influencé les jeux vidéos. Tout d’abord ; précisons que ces pionniers du jdr évoluaient dans les années 1970, à une époque où, sans internet, l’accès à la connaissance était beaucoup plus difficile que de nos jours, surtout pour des non spécialistes. Or, des spécialistes de l’Histoire ou de l’escrime ils n’étaient pas, la plupart étaient étudiants dans des universités de sciences et avaient une vision et une connaissance des réalités historiques d’amateurs passionnés. Ils ont logiquement fait de nombreuses erreurs (volontairement ou non ?) qui se sont ensuite répercutées.

Non l’épée longue n’est pas une épée à une main à longue lame :

Malgré l’imprécision des dénominations au Moyen-Âge et à la Renaissance, quelle que soit la langue employée quand on parle d’épée longue, il s’agit toujours d’une épée maniée principalement à deux mains, jamais d’une épée à une main. D’ailleurs certains jeux de rôle comme Stormbringer ont conservé le terme dans son acceptation exacte.
Ci-dessous, une épée longue historique exposée au Musée de l'Armée, vers 1470-1500, 1,26m et 1,24kg

d’ailleurs les soldats de l’Antiquité, du Moyen-âge ou de l’époque Moderne n’étaient pas principalement armés d’épées : 

L’arme principale des combattants historiques, la plus répandue du moins, a toujours été, à de rares exceptions près (la légion romaine en est une de taille), la lance. La lance ça ne coûte pas bien cher à produire, on apprend les bases assez vite et c’est une arme redoutable. En combat individuel elle donne une grande allonge difficile à vaincre, d’autant qu’on peut allonger ou raccourcir sa prise voire frapper avec la queue si on est trop près. En groupe c’est une forêt de pointes mortelles que vous avez en face de vous. Avec une arme aussi bon marché et aussi efficace il n’y a rien d’étonnant qu’elle ait été employée au combat de la préhistoire au XVIIIème siècle où elle a été supplantée par le fusil à baïonnette qui n’est rien d’autre que la combinaison d’un fusil et d’une lance.

Non, l’armure de cuir clouté n’a jamais existé : 

Quand on y réfléchit c’est d’ailleurs ridicule de penser que quelques clous sur du cuir vont améliorer la défense contre des coups de taille ou d’estoc ! En fait il s’agit probablement d’une mauvaise interprétation de la cotte de plates ou de la brigandine, des armures très répandues aux XIVème et XVème siècles constituées de plaques ou d’écailles de métal rivetées entre deux couches de tissu… ou de cuir. Les fameux clous que l’on voit sont en fait les rivets des plaques d’acier. Il s’agit d’une armure lourde (les modèles de reconstitution font bien 5-6 kgs soit le même poids, voir plus lourd qu’un cuirasse de plates) offrant un peu plus de liberté de mouvement à son porteur et non d’une armure légère ou « intermédiaire » comme dans les jeux de rôles ou les jeux vidéos.
Intérieur d'une brigandine (Italie XVème siècle - source Wikipedia)

d’ailleurs l’armure de cuir non plus n’a (presque) jamais existé : 

Honnêtement, vous pensez vraiment que du cuir épais allait vous protéger d’un coup d’estoc asséné par une épée ou une lance ? Même un bon coup de taille bien donné a de forte chance de vous blesser cruellement. On n’a pas vraiment retrouvé d’armures de cuir au Moyen-âge ce qui est logique vu que le cuir se conserve moins bien que le métal, mais on n’en voit pas non plus dans les représentations iconographiques et elle n’est pas non plus mentionnée dans les textes. Bon, en cherchant bien on va quand même trouver, à la marge, deux exemples d’armures de cuir en Europe : à l’époque viking, les armures d’écailles de cuir bouilli des Varègues et des Rus directement empruntées aux Mongols et les buffletins (des veste de cuir extrêmement épaisses, d’au moins 5mm) des cavaliers et piétons des armées du XVIIème siècle. L’armure des Mongols serait censée arrêter les flèches et le Sieur de Gaya, dans son Traité des armes de 1678, nous dit que le buffletin est efficace contre les épées (il faudrait tester mais on doute qu’un estoc ne pénètre pas par contre). En dehors de ces exemples à la marge toutes les armures étaient en acier (mailles, écailles ou plates), portées par-dessus des vêtements rembourrés pour amortir les coups.
"Quoique les buffles ne soient proprement que des habillements de cavaliers, nous pouvons aisément les mettre au nombre des armes défensives, plus qu'ils peuvent aisément résister à l'épée, lorsqu'ils sont d'une peau bien choisie"
Louis de Gaya - Traité des armes 1678
Buffletin (aux alentours de 1650) conservé au musée de Leeds

Non, dans un combat ce n’est pas forcément le plus rapide qui frappe en premier : 

Il ne s’agit pas ici d’un duel de type western spaghetti. Pour gagner il ne faut pas attaquer le premier mais bien attaquer, c’est-à-dire de tromper sa défense sans se faire toucher. Cela peut impliquer une préparation d’attaque mais aussi de faire en sorte que votre adversaire vous attaque là où vous le voulez pour mieux le cueillir ensuite, en riposte ou en contre-attaque (aux mains par exemple). Tous les Maîtres d’armes et les combattants confirmés vous le diront, celui qui maîtrise son adversaire aura (en principe) le dessus. Les règles de jdr faisant agir les combattants chacun son tour en fonction de son initiative n’ont donc aucun sens.
"Ce jeu se nomme le coup du vilain (de la brute) et se fait de cette manière : on doit attendre que le vilain envoie son épée, et celui qui attend le coup doit rester en petit pas avec le pied gauche devant. Et dès que le vilain tire le coup, avance le pied gauche hors de la ligne vers son côté droit. Et avec le droit, passe à la traverse hors de la ligne en saisissant son coup au milieu de ton épée. Et laisse son épée aller à terre et réponds immédiatement avec un fendant pour la tête ou pour les bras, ou avec un estoc à la poitrine comme il est dépeint. Ce jeu est également bon avec l’épée contre la hache, contre un bâton lourd ou léger."
Fior du Battaglia - Fiore dei Liberi fin XIVème-début XVème siècle (trad. Benjamin Conan - Association De Taille et d'Estoc)

d’ailleurs la feinte n’est pas une compétence spéciale mais presque la base du talent d’un combattant : 

Qu’elle soit effectuée avec l’arme, les jambes, le corps, la tromperie est à la base du combat. Un bon combattant n’attaque pas directement, il prépare son attaque par des tromperies. Faire de la feinte une compétence ou un talent spécifique n’est donc pas vraiment pertinent en terme de simulation.

Non, une dague n’est pas une arme qui fait peu de dégâts : 

Vous avez envie de prendre un coup de couteau ? Non probablement, parce qu’au fond vous savez que vous pouvez en mourir autant que d’un coup d’épée, d’ailleurs vous êtes tout autant transpercé. Pourtant, les dagues sont toujours ridiculement inoffensives dans la plupart des jeux de rôles ou jeux vidéo, impossible de tuer d’un coup de dague (sauf si on est un assassin, fufu, attaque sournoise de la mort). Le problème de la dague n’est pas les blessures qu’elle occasionne mais sa faible allonge par rapport aux autres armes et des difficultés qu’elle peut avoir à les parer.
Extrait de la Bible de Maciejowski (1245) où l'on voit les partisans des David et du fils de Saul se massacrer joyeusement à coups de dagues.

d’ailleurs, on ne peut pas ne plus continuer le combat après de multiples blessures : 

Bon d’accord il s’agit ici de relativiser, des estafilades, des bleus etc. voire, éventuellement, une blessure à l’abdomen (dont vous mourrez pourtant de façon certaine dans les dix jours, d’une infection) peuvent vous permettre de continuer le combat. Mais pour la plupart des blessures effectuées par des armes tranchantes ou pointues vous serez incapable de continuer le combat. Donc les multiples points de vie, les blessures constantes, on oublie, mais ça vous le saviez probablement déjà.

mardi 13 février 2018

Une tentative de typologie des coups d'épée

Je vais tenter ici une typologie des coups que l'on peut donner avec une épée. On entendra par épée une définition très large comme toute arme relativement équilibrée pourvue d'une lame d’une certaine longueur (arbitrairement on dira plus de 50 cm) aiguisée et plus ou moins pointue, d'une garde et d'une poignée. Cette définition regroupe donc les glaives romains, les épées médiévales de toutes sortes, les fauchons et autres sabres mais aussi les rapières et les épées de cour. Il est bien évident que certains types d'épées sont plus aptes que d'autres à certains types de coups et c'est d'ailleurs là tout l'intérêt !

Globalement on a tendance à distinguer trois types de coups, oui trois et non deux : les coups de taille, les coups d'estoc et les coups d'entaille (que moi et d'autres distinguons des coups de taille). 

Les coups de taille sont portés avec le tranchant de la lame, idéalement avec le "point de percussion", l'endroit où une lame ne vibre pas, en général sur le faible de la lame pas pas à la pointe. Les coups de taille diffèrent beaucoup en force, en amplitude et en rapidité. J’aime bien les classer selon la typologie établie par Joseph Swetnam, escrimeur anglais du XVIIème siècle auteur de The Schoole of the Noble and Worthy Science of Defence (1617). Swetnam distingue trois types de frappes de taille (blows) :
_ The wrist blow : effectué avec le poignet seul, c’est un coup très rapide qu’il conseille de porter au visage ou à la tête et plutôt de façon opportuniste, si l’ennemi laisse une ouverture. C’est aussi le seul coup de taille qu’il ne déconseille pas à la rapière.
_ The half blow : Swetnam ne décrit pas ce coup qui semble être un coup de taille de force et de vitesse moyennes, un coup classique avec une épée à lame large propre à blesser un adversaire. Si la lame est tranchante et l’épée assez large et lourde pour que l’impact se fasse sentir le coup n’a pas forcément besoin d’être très armé.
_ The quarter blow : le nom pourrait être inspiré du quarterstaff, le bâton anglais auquel Swetnam consacre d’ailleurs une partie de son traité. Il s’agit d’un coup puissant mais très lent. Swetnam conseille de lever haut l’épée et de frapper les jambes en feignant de viser la tête ou le cou. Comme ce coup expose beaucoup celui qui le donne il recommande de se protéger la tête avec sa dague en le donnant.
On remarquera ainsi que le plus puissant des coups de taille ne s’envisage que si l’on a une autre arme (une dague ou un bouclier) pour se protéger et que le plus faible, qui est aussi le plus rapide, est le seul conseillé avec des armes à lame fine. Celles-ci en effet ont sacrifié leur puissance de frappe à l’allonge et à la rapidité et les coups de taille sont rarement dangereux avec une rapière ou, pire, une épée de cour.

(ci-dessous une illustration de l’épée-dague tirée du traité de J. Swetnam)

Les coups d’estoc se donnent avec la pointe. Presque toutes les épées sont pointues et capables d’en donner, même les sabres courbes et les épées du Haut Moyen-Âge. Même si on peut le donner avec plus ou moins de puissance, il n’y a, en fait, pas besoin d’énormément de force pour que l’épée rentre dans le corps, les lames pointues et aiguisées sont effroyablement efficaces pour pénétrer les chairs ou les tissus. Les 750g de pression qui allument une épée d’escrime moderne et qui simulent une attaque efficaces sont extrêmement faciles à obtenir, sans avoir besoin d’être particulièrement fort.
Les coups d’estoc n’ont donc pas besoin de force et sont également plus rapides à porter que les coups de taille. Les coups d’estoc se portent également à une plus grande distance puisqu’ils se portent avec l’extrémité de la lame et non son point de percussion. En revanche ils nécessitent une meilleure capacité d’évaluation des distances puisqu’il est difficile de les porter si l’on est trop près (il faut reculer la main) tandis qu’un coup de taille peut être porté à plus de distances différentes. L’escrime d’estoc donne souvent une impression de finesse et de maîtrise, c’est le type de coups pour lequel ont été conçues des armes comme l’épée de cour (arme presque purement d’estoc) et la rapière. En revanche, pour les sabres orientaux ou inspirés de ceux-ci, l’estoc est un cou marginal, opportuniste...

(ci-dessous une vidéo d'un groupe canadien qui vous montre la facilité avec laquelle l'estoc pénètre le cuir)

Les coups d’entaille peuvent être distingués des coups de taille dans le sens où ils ne sont pas donnés par une frappe mais par le fait de faire glisser le tranchant de la lame sur le corps de l’adversaire après l’avoir posée. On peut au choix pousser en avant ou tirer la lame vers soi. Ils n’ont d’autre puissance que le degré d’aiguisement de l’épée et ils doivent donc viser des zones sensibles comme les artères ou les tendons. C’est généralement un coup d’opportunité, souvent donné de près avec n’importe quelle partie de la lame même si l’intérêt est de faire glisser la plus grande longueur de lame possible pour augmenter d’autant la profondeur de l’entaille. Il n’y a pas vraiment de type d’épée à privilégier pour ce coup.

Si l’on pense à une application en escrime artistique on constate qu’évidemment tous ces coups sont possibles. L’entaille est intéressante pour finir un combat de façon sécurisée ou pour donner un coup quand les partenaires sont près l’un de l’autre. Le fait que l’estoc et la taille n’aient pas la même distance d’attaque ne doit pas être oublié et varier les deux c’est aussi savoir gérer ses distances. Enfin, le type d’épée et le fait d’avoir ou non une arme secondaire conditionnent le type de coups porté entre l’estoc et la taille et même le type de coups de taille. Vous avez le droit de lancer des quarterblows avec une épée de cour (enfin peut-être pas en fait), mais vous devez être conscient que, si vous vouliez créer un combat réaliste, c’est un peu raté.

dimanche 11 février 2018

Idée reçue : avant la Renaissance on se tapait dessus comme des bourrins avec des épées très lourdes

Qui ne l'a pas entendu ? Qui n'a pas entendu dire qu'au Moyen-Âge une épée pesait 10 kgs (ou 15, ou 20) ? Plus grave, même parmi celles et ceux qui connaissent le poids réel d'une épée médiévale, qui n'a pas dit/écrit qu'avant la Renaissance, en gros, on n'avait pas de technique et que c'était le plus costaud qui gagnait ?
Au cas ou vous en douteriez encore tout cela est évidemment FAUX !
Non seulement les épées médiévales étaient relativement légères et équilibrées mais en plus on dispose de nombreux manuels d'escrime attestant de la richesse et de la diversité de l'escrime des XIVème et XVème siècle. Alors il y a des coups "de bourrin", comme le fameux coup furieux cher aux escrimeurs allemands, mais aussi des techniques subtiles, vicieuses, ingénieuses comme on en retrouve plus tard ou encore de nos jours.

(ci-dessous, un scan d'une page de manuel de Fiore dei Liberi)

Pour aller plus loin dans ma réflexion, j’ajouterai que les armes n'ont même pas besoin d'être légères et équilibrées pour qu'on utilise de la technique. Le jeu de la hache est un manuscrit français de la fin du XIVème siècle qui explique comment manier... la hache noble (ou "hache de pas","poleaxe" en anglais, une arme de hauteur d'homme ou presque terminée par une pointe dans le prolongement de la hampe et, au choix, deux des éléments suivant : fer de hache, marteau et pic, une arme puissante et efficace faite pour le chevalier en armure). Même pour le gourdin à deux mains, la grosse branche ramassée pour se défendre il existe des techniques martiales ! 

(ci-dessous, des reconstitutions des techniques martiales paysannes selon Paulus Hector Mair)

Si l’on réfléchit un peu, on se dit qu’il existe des techniques de combat armé probablement depuis les débuts du combat armé entre humains, c’est-à-dire depuis les débuts de la préhistoire, peut-être même avant l’homo sapiens ! Si il a pu exister des sociétés sans guerre, l’anthropologie ne connaît pas de sociétés sans violence. Depuis quand a-t-on commencé à transmettre des techniques qui fonctionnaient à d’autres humains ? Depuis quand ont-ils commencé à s’entraîner en conséquence, donc à apprendre l’escrime ?
La seule réponse que nous avons est « il y a très longtemps ». Alors, par pitié, cessons de dire qu’il n’y avait pas d’escrime avant la Renaissance !!!

samedi 10 février 2018

Le nécessaire respect de la logique de l'arme en escrime artistique

Ce n'est pas un scoop, les armes sont différentes et ont des caractéristiques propres qui favorisent certains coups, certaines techniques au détriment d'autres. Bien sûr il y a des invariants du combat comme le tempo, les cibles ou la distance mais le reste, y compris les déplacements, va être fortement influencé par l'arme que l'on manie.
Alors pourquoi voit-on autant de vidéos de pratiquants manier leur épée médiévale, leur lance, leur broadsword écossaise ou je ne sais quoi d'autre comme si ils faisait de l'escrime de taille à la rapière triangulaire (on reviendra probablement là-dessus un de ces jours d'ailleurs mais ce n’est pas le propos aujourd'hui) ? Si je caricature un peu, la seule différence par rapport à un combat à la rapière c'est qu'on a des armes et des costumes différents, mais on utilise les mêmes techniques..
L'intérêt est finalement assez faible, on se retrouve avec une sorte de style universel habillé différemment.
Or pour beaucoup d'armes il existe des traités expliquant comment les manier, et grâce à la magie d'internet ils nous sont désormais accessibles, très souvent traduits en français ou au moins en anglais ! Pour les autres on peut réfléchir et s'inspirer des sources qu'on possède.
Ainsi il serait dommage de construire une chorégraphie médiévale à l'épée longue sans quelques gardes empruntées chez les auteurs allemands ou italiens, sans coups de pieds, sans les fourberies de Fiore ou les coups de maîtres en un temps d'escrime de la tradition de Lichtenauer ! En faisant cela on donnerait tout son intérêt au fait de pratiquer à l'épée longue plutôt qu'à la rapière, parce qu'on y fait des coups qu'on ne peut pas faire à la rapière, on s'y déplace différemment, certaines techniques comme les battements sont plus efficaces etc. Du coup le combat est vraiment différent, en variant les armes on varie les spectacles au lieu de les maquiller ! De même, si l'on a une lance contre une épée, la différence d'allonge doit se faire sentir, on se doit de construire le combat autour de la difficulté pour l'épéiste de franchir cette distance, on aura alors un combat complètement différent, avec du déséquilibre, un scénario inhabituel mais justement, on sortira de la routine.
Respectons la logique des armes que nous utilisons, la variété profitera au spectacle !

(ci-dessous Hans Talhoffer nous explique le problème d'attaquer quelqu'un armé d'une épée quand on n'a qu'une dague)


dimanche 27 août 2017

Pourquoi ce blog ?

Ce blog se voulait au départ très critique. Il le sera moins que prévu. D'abord pou respecter le travail des gens, ensuite parce qu'être positif n'est pas si mal.
Enfin, mon niveau n'est pas si bon, et même si être moins bon n'empêche pas la critique, il faut aussi savoir rester modeste.
Donc, l'objet de ce blog est de parler d'escrime et surtout d'escrime historique. Elle sera abordée sous l'angle de l'escrime artistique mais aussi dans une démarche d'analyse et de mise en pratique des sources historiques qui s'inscrit dans la la lignée des Arts Martiaux Historiques Européens. C'est évidemment le propos de départ, ce que ça deviendra ensuite sera peut-être différent...
L'aventure en lancée en tout cas !